N°5_ Pdf

mars 4th, 2017 by feuille d'agitation anarchiste

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Une feuille d’agitation pour mettre en lien des idées  et des gestes qui nous parlent de désirs d’en finir  (et plus vite que ça) avec tous les rapports de domination qui structurent cette société mortifère.

Un outil qui veut se donner le temps de susciter des rencontres et d’approfondir des analyses loin  du rythme frénétique d’internet où, trop souvent, les opinions tournoient sans s’incarner  ni porter à conséquences.

 Du papier pour s’affuter. Du papier pour foutre le feu!

N°5 – Balade sans emploi

mars 4th, 2017 by feuille d'agitation anarchiste

À celles et ceux qui « rêvent d’éclater un type des assedics »

Ouais, tu parles d’une balade….J’aurais préféré les calanques ou une belle rando dans les montagnes de l’arrière-pays, fuir la ville au moins quelques heures. Après une heure et demi de marche pour aller jusqu’au fin fond du boulevard de la Valbarelle, dans une zone industrielle sordide, j’atterris dans une sorte de préfabriqué pour une heure d’entretien qui s’annonce mortel.

Le seul fait de convoquer des personnes dans ces parages sonne déjà comme une punition. Sur cent personnes convoquées là-bas, un tiers peut-être ne va pas se pointer à la convocation, ne serait-ce qu’à cause du trajet. Les conséquences en sont faciles à deviner..
Quitte à se lever tôt, à être au pied du mont Carpiagne à 9h30, ça donne envie de continuer la marche. Mais, sacredieu, non : il y a 450 euros à sauver. Un RSA.

400 miettes pour le loyer, 400 miettes pour les factures, 400 miettes pour la bouffe, 400 miettes pour tout ce qu’il faut payer, tout ce qui est trop compliqué à voler. Et même volé, c’est pas gratos… Les galérien-nes savent combien la menace de la répression pèse sur leurs illégalismes «de survie» : arrestations, garde-à-vue, jugements, casiers judiciaires, prison… La sombre comptabilité de la marchandise et du manque d’argent. On peut aussi se coltiner un travail pourri pour 100 ou 200 euros de plus, sans compter ce qu’il en coûte de devoir subir les horaires et les ordres d’un patron, et cela est incalculable. Mais quel est le choix dans cette équation merdique entre taf, taule et survie permanente ?

Une heure de marche, normalement ça donne le temps d’imaginer plein de conneries à raconter à son «conseiller d’orientation». Effectivement, malgré le fait qu’il y ait souvent un mois pour se préparer, imaginer une histoire, travailler un personnage, on a souvent mieux à faire, surtout quand on est au chômage et qu’on a plein de temps, à défaut de travailler à temps plein.
Je peaufine donc sur la route mon «personnage spécial rendez-vous insertion» : c’est quelqu’un qui n’a apparemment pas envie de travailler, et qui n’a pas vraiment envie d’expliquer pourquoi, en tout cas pas à une personne payée précisément pour le mettre au travail. Un peu démotivé, ou plutôt jamais motivé. Un peu lent, un peu mou, un peu muet, pas réactif, pas volontaire. Qui doit serrer les dents pour ne pas lâcher un «je n’ai rien à déclarer» comme un réflexe. Pas déprimé non plus : il faut se méfier avec ces gens-là, ils seraient capables de vous coller un-e psy sur le dos. Pas complètement dés-inséré, mais pas inséré non plus. Certainement tire-au-flanc, et assez ouvertement même, mais avec un soupçon de retenue, car d’anonymes bureaucrates peuvent coller la mention «précarité volontaire» sur votre dossier et vous faire rayer des listes. Résister à ce genre d’entretien s’avère être tout un art, jamais apprécié à sa juste valeur. Dans tous les cas, tout est fait pour que vous vous pliiez au jeu, un bien triste jeu : endosser le costume du/de la gagnant-e, qui en veut, qui est prêt-e à donner sa vie pour décrocher un job, montrer patte blanche, qu’importe la grosseur du mensonge qu’il faut débiter de façon crédible. Ou alors en faire des tonnes pour justifier ses «obstacles à la reprise d’activité». On ressort souvent lessivé-es de ces moments faits d’hypocrisie et de faux-semblants, avec l’envie urgente d’ôter ce masque hideux, de prendre une douche. Ouf ! Vite passer à autre chose.

Le rendez-vous, quel qu’il soit, où que ce soit, durera à peu près une heure, je le sais d’avance. Une heure d’humiliation scolaire. Quelques questions, quelques informations tapées sur un ordinateur, quelques notes pour rédiger une fiche toute administrative sur «mon parcours»,
« ma situation », cerner mon « profil professionnel », établir mon « diagnostic d’orientation », et me «réorienter» si besoin est. Ayant égaré ma boussole professionnelle il y a fort longtemps, j’ai du être «réorienté» moult fois. Trimballé d’« espace insertion » en Pôle Emploi, en passant par la longue liste des agences à qui l’État délègue la tâche de (re)faire de vous un bon demandeur d’emploi, il n’y a souvent que la couleur des cloisons qui change.

Et quelles que soient les nuances dans le zèle que mettent les « agents d’insertion », les ficelles restent globalement les mêmes: coups de pression, menaces de radiation, passage en
« commission de discipline », diminution de la somme versée chaque mois… Un savant mélange de paternalisme, de condescendance et de culpabilisation, le tout visant à vous faire sentir l’haleine brûlante de l’Institution, le picotement du rappel à l’Ordre et l’ombre du Contrôle au dessus de votre tête. Ces crapules se donnent beaucoup de mal pour nous faire avaler leurs discours moralisateurs, nous rappeler à chaque instant que la société ne finance pas le « droit à la paresse », et que l’État ne donne rien sans contrepartie. C’est l’objet des expérimentations faites dans certains départements où le RSA n’est versé qu’en échange de plusieurs heures de travail bénévole obligatoire (sic).

« On s’est dit que c’était le moment de régler nos comptes avec la mission locale, parce qu’elle nous a jamais proposé de formation de batailles de polochons, de joggeuse sur toits d’immeubles, de stratégie à papier cailloux ciseaux et de toutes ces petites choses qui rendent nos vies improductives et un peu plus palpitantes. A la place, elle nous propose des jeux ennuyants desquels on sort toujours perdant.es, des formations accélérées pour nous jeter dans les arènes du monde du travail. »

[bris de vitre d’une mission locale à Toulouse en février 2017_ IAATA]

Pris dans cet engrenage, on a souvent l’impression d’avoir à faire à une machinerie bien huilée et impersonnelle. Pourtant celle-ci ne fonctionne que parce que plusieurs milliers de personnes participent à la grande broyeuse, cette machine à pressuriser les individus, à les transformer en rouages de l’économie. Sans eux-elles il serait impossible d’isoler, de surveiller et de punir les millions de personnes devant pointer à Pôle Emploi, à la CAF et autres administrations de la survie. Or donc, pas de pitié pour les flics sociaux !

Six années à bouffer de ces rendez-vous, saupoudrés de quelques heures de travail par-ci par-là. Un long chemin à esquiver les sommations et les dispositifs mis en place pour nous acculer à passer nos journées à quémander un quelconque poste à un quelconque employeur pour un quelconque salaire dans une quelconque entreprise.

Malgré la culpabilisation permanente exercée sur les personnes qui ne travaillent pas, il faut rappeler que le chômage n’est pas l’inverse du travail, il n’est que son anti-chambre. Le-la «chômeur-se» d’un jour n’est souvent que le-la travailleur-se d’hier, ou de demain. Les chiffres du chômage sont toujours utilisés pour mettre la pression sur chaque exploité-e potentiel-le, pour le-la forcer à accepter n’importe quel emploi, dans n’importe quelle condition, et quel que soit le salaire. En cela, les allocations ne sont qu’une partie du salaire versé à l’ensemble de ce qu’on nomme «la force de travail». L’État et les capitalistes font et refont leurs comptes: pour eux il est préférable de verser quelques centaines d’euros à plusieurs millions de personnes, plutôt que de compter plusieurs millions de personnes dans la misère la plus noire. Le pouvoir est prêt à payer ce prix pour s’assurer le maintien d’une relative paix sociale (le fameux « revenu universel » discuté ces temps-ci ne changerait pas fondamentalement la donne). Il est tout-à-fait dans son intérêt que le mythe de l’État providence ne s’effondre pas totalement: c’est son principal argument pour se faire accepter: «Voyez comme la Démocratie sait se montrer généreuse !» Dans le même temps il recourt à des moyens bien plus drastiques, expéditifs et sanglants pour maintenir cette paix de cimetière.

Ils veulent nous forcer à employer notre temps à produire ce qui est intéressant pour eux: des marchandises dont la vente engendrera du bénéfice, que ce soit des canons ou des paquets de chips, du travail qui participe à la reproduction de l’ordre social présent, par le contrôle, la surveillance, la répression, l’encadrement.

Soyons irréductibles à leur idéal de formatage: nous ne sommes des prolétaires, des allocataires, des travailleur-ses, des producteurs, des salarié-es, des «collaborateurs» (selon la dernière mode langagière capitaliste) que dans une société régie par le fric et l’exploitation.

Tendons à un autre emploi du temps : œuvrons à la destruction de cette société invivable (re)produite chaque jour par le travail.

 
Hier, aujourd’hui, demain :
Plutôt ingérables
Qu’agents d’insertion.

N°5 – Ce quartier formidable…

mars 4th, 2017 by feuille d'agitation anarchiste

Petit matin, en chemin pour le taf, X traverse le marché de la plaine, lorsqu’elle entend des cris. Il lui faut jouer des coudes pour se rapprocher et comprendre ce qui se passe. Une femme au milieu de plusieurs types (quatre « forains ») est bloquée dans ses mouvements par une foule immobile. Ces connards lui parlent mal, la menacent, lui lancent insultes et remarques sexistes dégueulasses. Pourtant isolée au milieu de ces chacals et de leurs complices, elle reste droite, campée sur ses positions. Juste à côté, un « ancien » se fait copieusement humilier par un autre commerçant, qui lui dit qu’il l’a déjà prévenu, qu’il veut plus le voir, que ça fait déjà plusieurs fois qu’il vole des trucs : s’il revient il lui pétera la gueule. Si celle-là est ciblée par les quatre affreux, c’est qu’elle a pris la défense du vieux voleur. Encore plus à la bourre et franchement vénère cette fois, ma pote essaye de trouver des complices pour envoyer chier les forains. En vain. Une des seules réponses qu’elle obtient est « ça fait de l’animation ». De cette anecdote qui mêle violence « de classe », sexisme et connerie ordinaire, et qui rend visible (une fois de plus) la lâcheté mesquine de la foule, il n’y a pas grand chose de joli à retirer. Si quand même: les attitudes de celle qui s’interpose face à ce qui la dégoûte et de X, qui essaye de desserrer l’étau autour d’elle, tente de lui offrir une porte de sortie.

Crève la démagogie… je vais pas te mentir: si je m’identifie à quelqu’un-e ce ne sera ni à ces commerçants, ni aux membres de cette masse silencieuse. Alors qu’ aménageur-euse-s, urbanistes et politicien-nes¹ travaillent à rendre Marseille toujours plus lisse, aseptisée et contrôlable, ce marché ne me fait pas plus rêver qu’un autre. Ne compte pas sur moi pour faire mon beurre sur une hypothétique « identité marseillaise » ou invoquer le mythe d’un quartier « populaire et rebelle » (et de son square miteux et grillagé). Ils sont évidemment traversés par les mêmes rapports de domination (sexisme, racisme…) que l’ensemble de cette société merdique. Heureusement, il n’y a aucun besoin de vanter ce qui existe (et qu’ « on » a pas choisi non plus) pour lutter contre les nouveaux plans du pouvoirs. Les encravaté-es de la SOLEAM (& cie) viennent de présenter leur nouveau plan de réaménagement de la plaine. Certain-es invoquent un « nous » unitaire, qui regrouperait habitant-es du quartier, forain-es, habitué-es de la plaine, et aurait le même intérêt à ce que le quartier reste comme il est actuellement… Si l’on refuse de cacher nos incompatibilités dans ce faux « nous », et de se ranger derrière la bannière des forain-es en lutte, ce n’est pas pour se laisser dégager gentiment par ce nouveau « coup de propre » qui vise à dégager les pauvres et les indésirables toujours plus loin du centre. Pourquoi ne pas multiplier initiatives, assemblées et espaces de lutte autonomes, qui définiraient leurs propres bases et modalités de fonctionnement, sans s’ériger en porte-paroles ni « interlocuteurs » du pouvoir, ou rentrer dans le jeu de la « cogestion » ou de la revendication.

L’enjeu est de taille : dégager toutes celles et ceux qui prétendent gérer les populations et aménager la ville, pour choisir (enfin) par et pour nous-mêmes de quoi nos vies sont faites.
¹Qui inondent le marché de leurs sales gueules en ce moment

N°5 – Flics, violeurs, assassins !

mars 4th, 2017 by feuille d'agitation anarchiste

La colère gronde depuis l’arrestation violente et le viol de Théo par les flics à Aulnay-sous-Bois, début février. Manifestations émeutières, guets-apens et attaques se répandent (sans forcément se reconnaître dans la revendication de « Justice pour Théo »), et montrent que beaucoup se foutent des promesses des politicien-nes comme de la main tendue par l’État aux assos citoyennes (habituelles fossoyeuses de révolte).

Le 11 février, les keufs en faction devant le commissariat de la cité des 3000 à Aulnay-sous-Bois se font caillasser, le commico se fait recouvrir de tags: « Police violeurs » et « nique la police ». Le 12 février aux Ulis (Essonne) le commissariat essuie des jets de cocktails Molotov et de pierres, trois véhicules des flics sont détériorés. Le 11 février, le rassemblement voulu pacifiste devant le tribunal de Bobigny s’avère beaucoup plus intéressant que prévu, lorsqu’une partie des quatre mille manifestant-es présent-es sur place affronte les flics, et se répand en plusieurs cortèges émeutiers qui pillent un franprix , un décathlon, speedy, défoncent banques et commerces, saccagent la gare routière de Bobigny, crament le camion d’RTL et attaquent celui d’Europe 1 (…). Le 16 février, toujours à Bobigny, la centaine de présent-es s’affronte un moment avec les flics qui veulent empêcher un nouveau rassemblement, avant de s’égayer dans la ville. À Paris une manif sauvage d’une centaine de personnes laisse de jolies traces sur son passage (vitrines de banques/agences immobilières défoncées, nombreux tags…). Poulets Grillés dans le Val d’Oise et l’Aisne. Cinq voitures personnelles de flics sont incendiées en quelques jours: deux dans la nuit du 13 au 14 février à Sainte-Geneviève et à Lachapelle-Saint-Pierre devant leurs domiciles respectifs, puis deux autres à Compiègne deux jours plus tard, et une cinquième à Soissons. Mi-février, le commico du 19è (à Paris) se voit décorer d’un gros tag « Vengeance » et a plusieurs de ses vitres trouées.

Au milieu de cette multitude d’attaques anonymes, plusieurs ont été revendiquées: une Jaguar, deux véhicules du FN, un tractopelle Eiffage, un camion JC Decaux, une voiture de COFELY incendié-es, plusieurs DABs cassés ou cramé… Les communiqués trouvés sur internet expriment pour la plupart une solidarité entre révolté-es (avec celles et ceux qui font le choix de l’action directe ces jours-ci) et à plusieurs compagnon-ne-s incarcéré-es à Paris (suite au mouvement contre la loi travail) ou ailleurs (accusées de braquage à Aachen, ou « d’association subversive » en Italie). Parmi les compagnons en taule en région parisienne: Damien, condamné à dix mois de taule et 14 000 euros d’amende pour des bris de vitres (Pôle Emploi, Chambre du Commerce, concessionnaire Jaguar, Franprix) pendant une manif sauvage à Paris le 14 avril dernier… Et Krem, perquisitionné et placé en préventive le 08/02, accusé d’avoir participé au bel incendie d’une voiture de flics quai de Valmy à Paris le 18 mai dernier… (incendie dont sont déjà accusé-es sept autres personnes dont trois croupissent en préventive depuis plusieurs mois)…Aujourd’hui comme hier, il y a toujours autant de raisons de s’attaquer à la police…

Il n’y a pas de bon flic!

Crève la culture du viol et le patriarcat, l’État et le capitalisme !

Solidarité active entre mutiné-es de la prison sociale!

N°5_Quelques jolies brèves…

mars 4th, 2017 by feuille d'agitation anarchiste

Marseille : brève de comptoir. Au début de l’année trois flics s’en prennent à deux vendeurs à la sauvette à Noailles: ça se passe plutôt calmement (pour les keufs) jusqu’au moment où une des personnes contrôlées se barre en courant… Surprise : le keuf qui se lance à sa poursuite se paye une grosse gamelle. Les rires fusent, et le fuyard n’est pas rattrapé… Déplacer le regard… un homme a profité des cérémonies d’ouverture de Marseille capitale européenne du sport pour braquer la bijouterie ROLEX située rue Grignan, à deux pas de la zone bouclée par près de 900 gendarmes et policiers (butin estimé à plusieurs milliers d’euros)… Chapeau !

Crève la taule! Révoltes, Mutineries, Évasions… Le 25 septembre dernier, plusieurs personnes enfermées dans un des bâtiments de la maison centrale (aile de la prison réservée aux  « longues peines ») de Valence choppent les clés d’un maton avant d’ouvrir toutes les cellules du bâtiment. La cinquantaine de mutins saccage le bâtiment neuf (selon l’AP le montant des dégâts s’élèverait à près de 92.000 euros) et tente d’incendier le bâtiment avant l’arrivée des ERIS (groupe d’intervention régional et masqué spécialisé dans l’écrasement des mutineries). Rebelotte le 27 novembre avec en plus quelques cellules incendiées (et un dégât des eaux). Comme à son habitude la justice fait un exemple en désignant des supposés leaders. Trois des mutins ont été condamnés à trois ans de taule supplémentaire chacun en janvier (ce qui veut dire qu’ils ne seront respectivement « libérables » qu’en 2031, 2032 et 2043…). Quelques heures avant le procès, les serrures d’une dizaine d’écoles maternelles, élémentaires, collèges et lycées ont été engluées, et des tags laissés sur leurs murs, ainsi qu’un tract. Parmi les tags « La prison c’est la mort. Y a de la vie dans la révolte. Solidarité avec les mutinés de Valence et d’ailleurs » « En prison les méchants c’est surtout les matons »« Marre des devoirs, vive la liberté »« Ni prison, ni religion, vivent les mutins et l’insoumission  » (sur une école privée catholique). Une lettre diffamatoire a été diffusée dans les boîtes aux lettres de la ville de Valence. Elle était écrite au nom de Sylvain Royère, délégué syndical des matons et maton lui-même au centre pénitentiaire de Valence…. En mars un nouveau procès se tiendra à Valence, celui de deux prisonniers accusés de la mutinerie de novembre… Solidarité active!

À Aiton (Savoie) le 10 octobre dernier, ce sont cinquante cellules qui ont été mises hors d’usage durant une mutinerie qui a duré plusieurs heures… à Longuenesse un détenu du quartier mineurs du centre pénitentiaire met le feu à la cellule où il est enfermé. Gravement brûlé, il est transféré en urgence. La dizaine de détenus évacués le temps de l’intervention saccagent la salle où ils sont parqués par les maton-ne-s…

Riom: vive la belle! « Pendant la promenade organisée par l’établissement pénitentiaire, le détenu a abandonné son vélo. Il était 9h30 mardi matin et l’individu s’est enfui dans une rue en pente, parvenant à distancer le surveillant et les deux moniteurs qui encadraient la sortie ». Longue route!

« A voté, saccage primaire » pouvait-on lire sur la façade de la permanence PS de Grenoble, vandalisée le 20 janvier (volets extérieurs arrachés, vitres brisées…) à la veille de la primaire. Bris de vitrines également pour les permanences PS de Brioude (le 9 novembre), de Montpellier (le 26 novembre), de Malakoff (le 29 novembre) : l’article mentionne un début d’incendie sur la permanence de Montrouge, quelques semaines auparavant. À Rouen (le 23 janvier), c’est la permanence des Républicains qui a pris des pavés, tandis qu’à Vesoul c’est la vitrine du local du FN qui a reçu un pavé (pour la dixième fois en un an !!!)…

Urbanisme, gentrification….. Marseille, novembre 2016. Suite à une série d’expulsions de squats et l’incarcération d’un camarade, le cabinet d’architecte Tangram (« impliqué sur le chantier de construction d’un hôtel de luxe entre la Cannebière et Noailles» ) et un bureau de vente immobilière Vinci (constructeur de prisons et participant à la construction de dispositifs anti-migrants à Calais…) sont ciblés. (huile de vidange et tag sur le premier, vitres cassées pour le second).  À Toulouse, début janvier, plusieurs agences immobilières ont leur vitres brisées ( un tag « la voilà ta caution » laissé sur place). Fin janvier, quatre véhicules de Toulouse Métropole sont incendiés solidairement : « Une petite contribution à la critique de la métropole, et de la manière dont elle pourrit nos vies. » …

Nanterre, aveugler les yeux du pouvoir : le 1er février l’incendie d’une trappe située à un mètre de la caméra met hors d’état de nuire la caméra et tous les lampadaires de l’avenue !

Pour des raisons indéterminées, vraiment ? À Chambéry le 4 janvier, un homme s’énerve et bouscule la torpeur bureaucratique (porte d’entrée vandalisée, ordinateurs jetés au sol) forçant l’antenne locale de la CAF à fermer plusieurs heures. À Reims, c’est le restaurant universitaire qui fait l’objet d’une colère vandale : un individu a le temps de casser le logo du CROUS et plusieurs baies vitrées et fenêtres à la masse.. (tous deux ont été malheureusement arrêtés). À Marseille (14ème) le 3 février un militaire en civil se fait apostropher par les occupants de la voiture qui s’arrête à sa hauteur. S’approchant du véhicule, il reçoit une mandale qui l’expédie au sol. Une petite overdose de kaki sans doute…

Briser les frontières! En l’espace de trois jours, du 17 au 20 février, quelques 850 personnes migrantes ont réussi à passer en force la frontière entre le Maroc et l’Espagne à Ceuta.

Début février une poste est attaquée à Rennes (dab et vitres brisées). « On a toujours une bonne raison de s’en prendre à la poste. Que ce soit pour sa collaboration à l’expulsion des personnes sans papiers ou que ce soit plus récemment, pour ses nouveaux services aux communes pour identifier petits délits et dégradations (dépôts d’ordures, tags, dégradation du mobilier urbain, …). Via leurs smartphones directement reliés aux flics municipaux et services de la mairie, les facteur-ices seront en mesure de relever et dénoncer ces « infractions et incivilités ».  (Lu sur indymédia Nantes)

N°5_Subvertir le genre, effacer le dressage

mars 4th, 2017 by feuille d'agitation anarchiste

Les quatre saisons de ma colère. Printemps, automne : Je me planque, esquive, me déguise selon mes humeurs, ce que j’ai décidé de faire. Ma « virilité » de pacotille ne tient qu’à un bout de tissu. En tant que « Garçon », j’essaye de ne pas être perçu comme une menace de plus. En été : visible, je suis ramenée sans le vouloir à ma condition de meuf. L’arrogance des mecs qui tiennent la rue (leur « terrain de chasse ») est gerbante. Le premier connard venu se permet de faire des commentaires sur le physique (fringues, poils, poids…), les attitudes (« tu devrais sourire… ») de celles qu’il identifie comme femmes autour de lui. En prime, ces sales dominants voudraient qu’on les remercie de « s’intéresser » à nous. S’ils ne nous trouvent pas assez « sympa », ou si l’on décide de les envoyer chier carrément les insultes pleuvent. Hiver : il me redevient plus simple de me balader sans me faire trop emmerder (où et quand je veux : bien au delà du couvre feu « informel » mais palpable et si souvent intégré de force)… Entrée en fraude dans des espaces réservés aux mecs, je me sens un peu lâcheuse (vis-à-vis des autres meufs) et en sursis (vis-à-vis d’eux). Le garçon que je suis se fait régulièrement mater de travers et appeler « pd ».

SUBVERTIR LE GENRE, EFFACER LE DRESSAGE

De jour, de nuit : la hiérarchie imposée par le patriarcat entre les genres et les sexualités influence profondément les places que nous occupons dans la société et les interactions sociales. Sous divers prétextes, dont l’«honneur (des garçons) de la famille » la sexualité des filles et des femmes fait l’objet d’une surveillance toute particulière. Gare à celles qui partagent du sexe avec plusieurs personnes, elles sont très souvent mal-vues et traitées de « salopes », quand ce n’est pas le fait de partager de la sexualité avant le mariage qui est proscrit. (La possibilité de vivre plusieurs relations amoureuses d’une manière chouette et librement consentie par chacun-e est complètement occultée). Le fait de ne pas être « genrable » ou de partager des sexualités considérées « hors-norme » s’accompagnent également de rappels à l’ordre incessants. Cette répression qui prend des formes et figures multiples : du religieux à l’instit, des « potes » aux voisin-es en passant par la famille (…) est plus ou moins choisie, consciente ou théorisée par ses auteur-es (avec différents intérêts et niveaux de responsabilité).

Quand tu poukaves que unetelle a « couché » avec machin, tu participes de ce contrôle exercé (de façon plus ou moins diffuse) sur le corps/les sexualités des femmes. Cela peut avoir des conséquences lourdes. (occupes-toi plutôt de tes fesses!). Quand tu me signifies que mon « étrangeté » est problématique, tu deviens un-e de ces nombreux « gardien-ne-s de la norme » qui me poussent à rentrer dans le rang, regagner « ma » place de meuf (identifiable en tant que telle) pour ne plus subir la transphobie (et/ou l’homophobie) en plus du sexisme ordinaire. Je ne veux pas que tu puisses m’attribuer un genre, fous-moi la paix! Que tes intentions soient directement hostiles (menaces de coups et/ou de viol…) ou soit-disant « bienveillantes » (regards insistants, petites remarques, rumeurs…), tout ça concourt au maintien du système patriarcal que je veux détruire. Un ordre moral étouffant, où les individualités sont mutilées dès l’enfance pour correspondre à leur soit-disant nature « féminine » ou « masculine », et intégrer leurs places de dominants ou de dominées. Un système qui sanctionne (mutile, nie et parfois tue) les récalcitrant-es qui débordent de son cadre. Toutes celles qui sont nées, se sentent ou se reconnaissent en tant que « femmes », mais rejettent l’idée d’une « essence féminine » et l’hétérosexualité obligatoire, envoient bouler le couple exclusif, ou ne désirent pas se reproduire (…). Les individus qui décident de changer de genre ou voudraient détruire tous les genres… Celles et ceux qui décident de ne pas partager de sexualité, ou pas avec des garçons, ou pas qu’avec des filles, ou refusent de se définir à travers leurs genres ou sexualités… (certain-es préféreraient le faire à partir de leurs passions ou idées….).

Personne ne pourrait t’obliger à faire tienne la place qui t’a été dévolue, à considérer le sort qui t’es fait comme normal, ni à te mettre sous la « protection » des« dominants  » (ce qui revient souvent à rentrer en compétition avec d’autres « dominées » pour tirer son épingle du jeu). Personne ne t’oblige à véhiculer ces normes étriquées ni à tirer profit de ces hiérarchies infâmes : si tu le fais, ne t’étonnes pas de ma colère : j’en ai ma claque de porter le poids de tes impensés et brûle de te rendre ce qui t’appartient, à commencer par toutes ces « évidences » que tu n’as jamais interrogées… Parce qu’en tant que type hétéro tu te sens partout en territoire conquis (pourquoi remettre en cause tes privilèges?). Parce que tu es cisgenre, c’est-à-dire que tu vis plutôt bien avec le genre qui correspond à ton sexe de naissance. Parce que tu es hétérosexuel-le , et que ta sexualité n’est jamais considérée comme problématique ou honteuse par ton entourage ; « contre-nature » par les fachos, réacs et religieux de tous poils ; ni infamante, source d’insultes, d’humiliations par le premier sac-à-merde qui passe…

Cet élan qui me lance contre tout-es celles et ce(ux) qui voudraient me soumettre ou discipliner n’est ni extraterrestre ni isolé. Des colères multiples, singulières, issues (en partie) de la violence avec laquelle le patriarcat cherche à nous imposer comportements, apparences, modes de vies et sexualité, pour s’étendre au restant de cette société mortifère. Ras-la-touffe de prendre sur nous, de se faire petites, d’avoir des yeux dans le dos et d’être (trop souvent) considérées comme responsables des agressions qu’on subit ! Préférant la réciprocité des rapports à « l’égalité », nous apprenons à affronter le conflit (et les affreux-ses) sans rien attendre de papa-État, de sa justice ou de ses flics… Il n’y a pas de liberté à l’ombre d’un patriarche, d’une église, d’une prison, d’un centre de rétention, d’une usine ou d’une centrale nucléaire (…) : c’est tout ce merdier qu’il nous faudra détruire si on veut avoir une chance de vivre libres un jour. Et puisque les différents rapports de dominations qui nous entravent (État, capitalisme, institutions religieuses, racisme…) sont imposés et reproduits largement, ils sont vulnérables et attaquables de plein de manières différentes, que ce soit individuellement ou de façon plus collective.

Des premiers pas, nécessaires et vertigineux, pourraient-être de faire le tri entre les idées/valeurs qu’on a envie de véhiculer et celles qu’on transporte sans y prêter attention et qui (souvent) nous dégoûtent. D’apprivoiser la force et l’autonomie qui sont les nôtres quand on se place au centre de nos existences, quand on trouve de la prise sur nos vies (et sur la ville) et qu’on laisse enfin éclater nos colères. Le fait de partager morceaux de luttes et relations qui échappent à la tutelle et au regard des « dominants » potentiels (et même si ce sont nos amants, amis, compagnons de route…) nous semble nécessaire pour prendre confiance en nous, poser nos propres mots/analyses sur les oppressions qu’on subit sans devoir s’excuser, se justifier ni paraître sûres de nous en permanence. Dans les temps qui viennent cette tension, ces tâtonnements vont prendre (entre autres) la forme d’une marche de nuit entre meufs-trans-gouines partageant à la fois l’envie d’en découdre avec toutes les formes d’autorité et le choix de l’auto-organisation (refus de tout collectif, porte parole, parti ou syndicat, refus de tout dialogue avec le pouvoir) … Pour te joindre à ces bouts de chemin, guette les murs et à bientôt¹…

un-e caméléon parmi beaucoup d’autres

zèbres, zébus, lamas, méduses etc

¹ pour plus d’infos c’est aussi possible d’envoyer un mail à noctambules@riseup.net

N°4 – PDF

septembre 21st, 2016 by feuille d'agitation anarchiste

N°4 – PDF

Une feuille d’agitation pour mettre en lien des idées  et des gestes qui nous parlent de désirs d’en finir  (et plus vite que ça) avec tous les rapports de domination qui structurent cette société mortifère.

Un outil qui veut se donner le temps de susciter des rencontres et d’approfondir des analyses loin  du rythme frénétique d’internet où, trop souvent, les opinions tournoient sans s’incarner  ni porter à conséquences.

 Du papier pour s’affuter. Du papier pour foutre le feu!

N°4 – Ni États ni frontières, liberté pour tous-tes!

septembre 20th, 2016 by feuille d'agitation anarchiste

Mi-août, une trentaine de personnes s’invitent au marché de Sospel, un village de 3500 habitants situé dans les Alpes-Maritimes, pour s’opposer à la présence militaire et aux arrestations massives de personnes migrantes (et rendues « illégales » par les États) qui ont lieu quotidiennement dans cette région limitrophe de l’Italie… Après cela, ils et elles se sont dirigé-es vers la gare pour tenter d’empêcher les rafles qui y sont effectuées avec l’aide servile de la SNCF, tristement connue pour être un des fidèles rouages de la machine à expulser.

le tract suivant a été distribué :


À Sospel comme ailleurs, ni armée ni frontières !

À Sospel, depuis trois semaines, 60 militaires sont présents dans le village, officiellement « pour couvrir un large territoire allant de Breil à Menton […] dans une mission d’antiterrorisme et non de contrôle des migrants ou de fonction policière » comme l’indique l’article du 10 août paru dans Nice Matin. Or l’action quotidienne des militaires démontre bien le contraire. La vallée de la Roya devenant un lieu de passage de la frontière, les militaires participent effectivement aux contrôles opérés dans les trains et sur les quais, ciblant ainsi toute personne n’ayant pas le bon faciès. Les migrants passant depuis quelques mois dans la vallée sont donc systématiquement arrêtés et expulsés.

En effet, depuis quelques mois, la situation à Vintimille est de plus en plus tendue, les rafles et les contrôles rendent la traversée de la frontière très difficile et incitent les candidats au passage à modifier leur parcours. Par conséquent, les forces répressives se déplacent elles aussi, comme en témoigne l’occupation des villages et des sentiers par la soldatesque armée jusqu’aux dents.

La politique générale de fermeture des frontières et la présence sécuritaire quotidienne se concrétisent ainsi non seulement aux frontières, mais aussi jusqu’à l’intérieur du territoire. On a vu il y a quelques jours plus de 200 personnes partir en courant à travers le poste de douane à Menton se faire refouler, matraquer, gazer au lacrymogène puis, pour la majorité, expulser. Au camp soidisant « humanitaire » de la Croix Rouge de Vintimille, où plus de 500 candidats à l’exil s’entassent dans des préfabriqués, les policiers surveillent faits et gestes et l’accès à la nourriture et à l’hygiène sont soumis à condition. Les brimades et humiliations sont quotidiennes.

Les alibis permettant la répression ne manquent pas. De la menace terroriste à celle des militants « No border », tout est bon pour justifier les intérêts du capital européen. Un arrêté préfectoral interdit dans toute la vallée de la Roya tout rassemblement de plus de deux personnes : les temps sont si sombres que même randonnée, pique-nique et discussion autour du nomadisme sont proscrits. En quelques jours, lors d’un campement organisé côté italien et pendant une manifestation prônant la libre circulation des personnes, plus d’une cinquantaine de personnes ont été arrêtées, contrôlées, et se sont vu délivrer les désormais habituelles « foglio di via », mesure administrative arbitraire interdisant l’accès au territoire italien pour des durées allant jusqu’à 5 ans.

Ainsi, si en France le déploiement de l’armée dans les villes et villages se généralise, particulièrement depuis la proclamation de l’état d’urgence, le contrôle militaire des frontières est issu d’un processus plus large et déterminé en fonction des besoins des États dominants. Construction de murs, déploiement de barbelés, création de forces spéciales d’intervention… aussi bien à l’intérieur des pays européens que dans les pays de provenance ou de transit : la logique reste la même et le blocage effectif.

Les populations sont déjà confrontées aux guerres d’intervention des puissances occidentales dans des pays comme la Syrie, le Mali, l’Irak, l’Afghanistan, pour ensuite retrouver ces mêmes forces armées qui les bloquent dans leur exil. Ici comme ailleurs, l’armée joue son rôle de contrôle de la population, et qu’elle soit présentée comme force défensive, de surveillance ou de protection, n’oublions pas qu’un fusil reste un fusil, et qu’il n’a pour autre but de servir l’ordre des puissants.

La guerre nous concerne tous directement,
à chacun de nous de s’y opposer !